Allocation loyer tout azimut ? Développement de l'offre publique? Réfléchissons-y ensemble ! L'INS nous apprend, à l'occasion de la publication "le logement en Belgique" effectuée sur base du recensement de 2001, qu'il y a près de 75% de propriétaires occupants en Belgique, contre 60% en Europe. Seul un Belge sur 4 est locataire de sa résidence principale. Les réalités régionales sont très différentes puisque la Flandre compte plus de propriétaires occupants que la Wallonie et que Bruxelles. Bruxelles, avec à peine une personne sur deux, se situe en dessous de la moyenne européenne et très en deçà de la moyenne nationale. Partout en Europe, dans les propriétaires, on observe une surreprésentation des revenus les plus élevés.
Le parc de logements est globalement plus ancien en Belgique qu'en Europe puisque cette dernière compte 11% de logements datant d'avant 1914 et 12% construits entre 1918 et 1940, contre 15% et 17% chez nous. Autre caractéristique de notre parc immobilier, la Belgique compte 21% d'appartements contre 79% de maisons. Les Européens vivent davantage en appartement (45%) que nous. En outre, fort peu de Belges vivent dans des buildings de plus de 10 logements (9%). Là aussi le parc bruxellois est totalement atypique par rapport à cette "moyenne nationale" puisque les maisons à louer sont une denrée excessivement rare, donc très chère, et qu'en terme de vente les transactions portent de plus en plus sur des appartements ou des parties d'immeubles. C'est le prix qui justifie cette orientation du marché bruxellois, les habitants de la capitale préférant de manière très majoritaire la vie en maison. Réalités du marché "belge" défavorables Dans le même temps, Luc Goossens, professeur à l'université d'Antwerpen, insiste sur le caractère très défavorable pour le locataire des réalités du marché "belge". Les hausses de prix contraignent les locataires, à chaque rotation locative et de manière très significative à s'orienter vers un parc de logement beaucoup plus cher qu'auparavant, de moindre qualité et de plus petite taille. Pour bon nombre de ces locataires, l'accès au marché acquisitif relève de plus en plus de l'utopie en raison du rapport entre leurs revenus et les prix pratiqués. Le groupe des locataires est en effet majoritairement composé de personnes sans emploi et de ménages à un revenu (famille monoparentale ou isolés)... Les politiques volontaristes de développement de l'offre publique menées par la Région d'une part et la Ville d'autre part sont à ce stade des outils que nous, socialistes, devons plus que jamais poursuivre. Le professeur Baudewijns du Dulbéa (ULB) déclarait récemment au Parlement bruxellois que les modèles économétriques mis en place montrent que la production de 3000 logements sociaux aurait un double mérite : la résolution de 3000 situations difficiles, mais aussi et surtout la réduction de la tension sur le marché bas de gamme. Ceci assainit le marché et stabilise les prix. Toute chose égale par ailleurs, une telle mesure entraîne une réduction des prix de 3 à 6%. Vision tronquée du MR
On connait l'amour immodéré des libéraux pour le logement social. "La véritable raison des opposants à l’allocation loyer est d’une autre nature. Ces opposants préfèrent la location publique par des sociétés de logements sociaux ou des Régies Communales qui ont toujours été ultra politisées", déclare Olivier De Clippele (MR). Ceci est un mensonge éhonté. Tous savent que les attributions dans le logement social sont on ne peut plus réglementées et encadrées depuis plus de 10 ans en Région Bruxelloise. La position de la droite libérale résulte davantage du fait que le Syndicat National des Propriétaires est l'antichambre du MR et lui sert de bureau d'étude. Lorsqu'on sait que le MR est favorable à une allocation loyer et défavorable à l'encadrement des loyers, il ne faut pas être grand sage pour réaliser que cette aide au locataire sera très rapidement captée par le propriétaire entraînant une accélération de la hausse des loyers. On peut également constater qu'en terre de Wallonie, André Antoine vient de décréter la vente de 10 000 logements sociaux, preuve en tout cas que leur vente n'est pas un tabou ni pour le CDH, ni pour les socialistes wallons.
Conclusion Nous pouvons donc conclure : - que la plupart des locataires bruxellois les plus précarisés sont condamnés dans le long terme à rester locataire et sont donc, si la tendance se confirme, condamnés (toute chose égale par ailleurs) à :
- voir les prix des biens mis en location sur le marché privé augmenter plus vite que leurs revenus
- devoir, à chaque changement de logement, payer plus et dans le même temps réduire leurs aspirations en terme de qualité et de surface mise à disposition.
- que les réalités de la Flandre et de la Wallonie sont à ce point différentes, que le "marché" bruxellois est à ce point atypique qu'il est difficile de croire encore à des mesures contraignantes et généralisées d'encadrement des loyers. Je pense, en outre, que quoi que d'aucun ait dit pendant la campagne, les socialistes restent les acteurs les plus résolus de ce type de mesure et que dans la configuration de plus en plus vraisemblable de l'orange-bleue, ce scénario s'éloigne de plus en plus. Ceux qui disaient que les socialistes ne défendaient pas suffisamment le logement des plus faibles dans la campagne électorale vont TRES RAPIDEMENT réaliser, je le crains, le travail admirable mené par Laurette Onkelinx en la matière et les temps très difficiles que nous allons vivre incessamment.
- que l'hypothèse d'un blocage des loyers strictement limité aux zones à forte intensité spéculative ou d'une régionalisation de la matière délocalisera l'investissement immobilier à 5, 10 ou 20km des zones visées. Phénomène qui créera dans celles-ci des pénuries difficilement gérables dans un contexte d'augmentation du nombre d'habitants accompagnée de l'explosion des cellules familiales et du développement des gardes alternées avec tous les risques de "pas de porte" et autres compléments de loyer en "noir", d'augmentation des inoccupés et de détérioration de la qualité du bâti.
- qu'un des enjeux majeurs des élections de 2009 sera sans aucun doute le maintien du moratoire sur la vente de logements publics qui devra être un point majeur de notre programme régional.
J'ai juste, avant les vacances, mis en place un groupe de réflexion sur le développement de l'offre publique de logements. Ce groupe informel reprendra ses travaux en septembre. Si vous voulez vous y impliquer... Mohamed Ouriaghli |