Economique ? Rien n'est moins sûr...
Notre modèle socio économique de développement est attaqué de toute part avec la complicité bienveillante et même active de l'Union Européenne et du FMI. La crise est présentée comme économique. Il y aurait des états qui n'auraient pas respecté les règles du jeu et se seraient endettés plus que de raison. Leurs errances nécessiteraient un sérieux tour de vis et un ensemble de mesures dont on peut dire qu'elles ne vont pas dans le sens du progrès de l'humanité.

La crise, une pantalonnade?
Deux états sont pour le moment dans la ligne de mire :
- la Grèce qui a illustré des années durant la mauvaise gouvernance,
- l'Italie dont les frasques du Président du Conseil fatiguent le monde entier.
Des proies bien faciles mais à y regarder de plus près, La Grèce a aujourd'hui une dette publique qui se monte à une fois et demi son Produit Intérieur Brut, celle de l'Italie à 118% du PIB.
Gravissime alors que dans le même temps celle du japon dépasse 222% du PIB ? Gravissime quand la dette de la première puissance mondiale, la dette cumulée (fédéral et états fédérés) Etats Unis, est elle même supérieure à celle de la Grèce?Gravissime alors que les marchés continuent à avoir confiance et à leur prêter de l'argent, dont en ce qui concerne les USA, les moyens d'un ambitieux plan de relance ?
La Belgique qui présente une dette gravitant autour de 98% du PIB dont la charge représenterait autour de 3% du PIB serait elle même menacée. Tous les Etats même ceux qui à l'instar de la Belgique ont considérablement réduit leur endettement sont donc invités à comprimer leur dépense (pour les libéraux) et à accroître les recettes (pour les partis de gauche). Tous les fondamentaux doivent être revus et voici même que l'Europe nous presse d'abandonner l'index et à restreindre nos dépenses publiques sous peine de ... sanctions. C'est un débat POLITIQUE et en matière politique, la seule sanction qui est acceptable est la sanction électorale, ni celle de l'Europe ni, a fortiori, celle des marchés
Non la crise n'est pas économique, elle est avant tout politique. Notre modèle dérange le monde de la finance et une armée de technocrates non élus... Les gouvernements nationaux en sont arrivés à craindre davantage la sanction des marchés ou de l'Europe que la sanction démocratique. En Grèce et en Italie ce sont des financiers, ex-patrons de banques, qui sont investis pour diriger les Gouvernements. A la réflexion, si on nous avait dit que ce serait celà l'issue de la crise de 2008, nous ne l'aurions pas cru. Ces gouvernements rendent des comptes à l'Europe mais plus à la population. Ainsi, le Premier Italien a opté pour un Gouvernement ne comprenant aucun politique par souci de stabilité ... Il est certain qu'un gouvernement dont les membres n'ont aucune raison de rendre des comptes à l'opinion publique. par contre depuis leur mise en place, ces sages de la finances, qui sont quand même ceux sans qui la crise de 2008 (et celle que nous vivons) n'aurait pas eu lieu, multiplient les contacts avec la Banque centrale européenne, le fond monétaire international et probablement les agences de notation pour recevoir leur aval sur les mesures envisagées.
Il ne faudrait pas croire que ces pays sont uniquement dans le rouge en raison de leurs propres turpitudes. Les financiers ont soutenu, peut être même encouragé les politiques aujourd'hui décriées. Les cordons de la bourse hier totalement délassés se sont subitement reserrés.
Un proverbe dit qu'un animal ne mord jamais la main qui le nourrit... Un animal, non, un financier oui ! Lorsqu'il s'agit d'argent facile et de profit à court terme, le monde de la finance n'a plus aucune morale, aucune stratégie à moyen ou à long terme.
Cela fait longtemps trop longtemps que les fluxs financiers échappent totalement au contrôle de toute autorité publique et cela fait longtemps, beaucoup trop longtemps que les plus gros profits financiers sont générés par des manoeuvres purement spéculatives sans rapport réel avec l'activité économique et l'emploi. S'il y a aujourd'hui une crise, c'est parce que l'argent nécessaire à l'activité économique et à l'action de l'Etat est englouti par ces manoeuvres. Dans les cours d'économie, il est toujours dit que le marché tend vers le monopole ou l'oligopole et que seule l'action régulatrice des pouvoirs publics lui évite de s'emballer et de causer sa propre perte. Nos profs d'économie ne s'étaient pas trompé et le modèle est en train de s'emballer.
Aujourd'hui, le débat gauche/droite est ridiculement pauvre car il s'inscrit résolument dans les diktat de ce qui reste du marché. Faut-il réduire la voilure des dépenses publiques et donc réduire la fonction redistributrice de l'Etat ou faut-il faire contribuer davantage les différentes revenus? Paradoxalement, le questionnement sur l'opportunité de réduire la voilure en période de crise n'intervient que de manière très marginale dans le débat. Pourtant, cette politique restrictive ne peut qu'avoir un impact négatif sur la demande (et par ricochet sur la production, la croissance, l'emploi et in fine, notre place dans le monde). Le problème est bien là, les parts de marché que nous perdons, la réduction de notre capacité productive seront tôt ou tard reprises par d'autres pays et les richesses ainsi produites seront bien noins redistribuées que chez nous.
J'ai l'intime conviction que l'Europe même endettée comme elle l'est présente des garanties de solvabilité largement suffisante et que la crise a un agenda caché, mettre à mal notre modèle social dont l'assurance chômage et l'indexation des salaires sont les parties émergées de l'iceberg.
La crise que nous traversons est une crise politique et une crise de régime. Je ne puis me retrouver aujourd'hui dans les politiques réactives des états et de l'Europe. Il est temps de redonner sa place à la politique et à l'idéologie.
